Aller au bout de ses rêves

Dans de nombreux endroits, nous survivons tout juste à la faim, au froid, à la peur, aux agressions, à la honte, à l'isolement, au chagrin, au non-sens. Nous n'en sommes pas à réclamer la lune mais l'essentiel.
Et pourtant, c'est en réclamant la lune que nous aurions l'essentiel.
Car, tout le monde le sait, dans une négociation, il faut demander plus pour avoir ce que l'on veut. Les entreprises ont besoin d'outils de pression sur la force de travail alors quand ce que nous voulons se limite à être bien payé, cela reste inatteignable. Ce n'est pas à la baisse qu'il faut revoir nos exigences mais à la hausse.
Plutôt que nous contenter d'espérer que l'on satisfasse nos besoins, exigeons donc qu'on satisfasse nos rêves. Pourquoi pas ? Nous ne sommes sur terre qu'un instant, il est légitime de vouloir que cet instant soit magique et depuis l'avènement de la mécanisation et de l'ère numérique, tant de prodiges sont possibles que cela devient réaliste.
Ensuite, il ne s'agit pas de poursuivre l'un de ces rêves qui laisse un goût fade, comme celui d'une revanche ou l'acquisition d'une somme d'argent ou d'un objet, qui en appelle juste souvent une autre. Un vrai rêve est celui qui laisse un sourire quand on ferme les yeux au soir de sa vie : une rencontre particulière, une retrouvaille, la reconnaissance d'un talent, le sentiment d'être chéri, utile, bienfaisant, du temps pour s'occuper de ses proches, créer, contempler, se connecter, apprendre, partager joyeusement.
Les vrais rêves sont parfois plus difficiles à nommer qu'à exhausser. Nous avons tellement pris l'habitude de critiquer, de ronchonner, de dénigrer, de considérer que le problème est extérieur. Rêver, c'est oser dire : "j'ai un manque", "quelque chose est vide en moi". Cela demande du courage.
Il est considéré que l’État n'a pas pour fonction de rendre les gens heureux mais quand on voit le coût faramineux des dépressions et autres maladies liées au stress, il semble que c'est un mauvais calcul. Nous aider à atteindre nos rêves serait moins onéreux. Les besoins de lien, de valorisation, de nous sentir utile, d'avoir accès à l'harmonie, au bien-être, à l'éducation et de pouvoir développer nos compétences peuvent être comblés pour peu cher aujourd'hui grâce à la puissance des réseaux et si nous fonctionnons sur la base d'échanges ou de dons. Or si l'on permet à une jeune fille de danser avec ses copines, à une vieille dame de transmettre, à un homme de retrouver un cercle de copains, on va non seulement améliorer leur santé, mais leur réseau et celui-ci va à son tour les protéger de la précarité ou les aider à trouver une activité.
Alors créons des bureaux des rêves. On y déclare son propre rêve ou celui d'un tiers. C'est anonymisé. Chacun est recruté tour à tour pour étudier les rêves des autres et voir comment il peut contribuer à les satisfaire : c'est l'opportunité d'être un ange et cela, en soi, n'est-ce pas aussi le début d'un rêve ? A lire ce que telle ou telle personne désirerait, on se prend d'empathie. On se sent inutile au départ et puis on réalise que l'on a justement un voisin qui sait réparer les horloges à l'ancienne et qui pourrait transmettre son savoir à celui qui aimerait tant l'acquérir. On les met en contact. On se sent des ailes de fée. Le rêve est réalisé. Il en reste plein d'autres. On continue. Des jeunes filles n'ont pas de place pour danser chez elles mais il y a ce grand garage vide chez une tante qui a besoin de compagnie. Parfois on se contente de rassembler les rêves parce qu'ils sont complémentaires : quatre musiciens isolés et hop on forme un orchestre...
Quel serait votre plus grand rêve ?