De la réforme à la haine

Les radicaux l'ont toujours emporté sur les réformateurs car ils s'adressent aux tripes et au coeur avec leurs grands cris et leurs simplifications hâtives.
A chaque fois, que ce soient les Bolcheviques, les Franquistes, les révolutionnaires de la Terreur, les populistes ou les intégristes de tous bords, ils ruinent les pays ou freinent la démocratie, mais chaque fois la foule -- celle qu'Hugo distingue intelligemment du peuple -- les suit. Oui, la foule les suit, assoiffée qu'elle est de communion et ne sachant la trouver ailleurs que dans des cris de rage partagés (en dehors du foot, lorsqu'un but est marqué ou encore lorsqu'une star lui déclare hypocritement d'une scène, d'où elle ne peut la voir, à quel point elle l'aime).
Tant que les discours réformateurs et raisonnables ne déclenchent pas l'émotion, seuls 5% de la population est capable d'y prêter une oreille attentive.
Osons donc exprimer des émotions paroxystiques dans nos discours modérés, juste dans le but de les rendre audibles.
Cela est contraire à mes principes mais peut-on faire autrement quand la paix, la démocratie et l'avenir de nos enfants sont en jeu ? Peut-on laisser les cordes de la manipulation dans les mains sales des assoiffés de sang et de profits ?