Ecologie véritable
Est-ce que la véritable écologie c'est d'acheter directement aux producteurs alors que c'est coûteux en essence et en temps, tant pour le producteur que pour l'acheteur ?
Est-ce
que la véritable écologie c'est d'acheter aux Biocoops désormais gérées pour le profit par des
commerciaux issus de la grande distribution ?
Est-ce que la véritable écologie c'est d'acheter local ? Oui, dans la mesure où cela réduit le temps de transport des marchandises, mais pas quand ces marchandises ont dû passer par la plaque tournante de Rungis à Paris. Et que se passe-t-il en cas d'intempéries sur une région si chacune ne produit que pour elle-même ? La seule solution pour éviter la famine est alors le conflit armé pour s'emparer des denrées des autres : sommes-nous prêts à en revenir là ? Ne pouvons-nous plus voir que les échanges commerciaux, même s'ils doivent absolument être limités et rationalisés, sont aussi un facteur de paix ?
Est-ce que la véritable écologie c'est de fuir les supermarchés à l'implantation régulière idéale ? N'est-ce pas plutôt d'exiger que leur bio réponde aux mêmes critères d'exigence que ceux des coopératives bio et que leurs politiques d'achat cessent d'asphyxier les producteurs avec la complicité de coopératives agricoles peu éthiques et insuffisamment montrées du doigt ?
Est-ce que la véritable écologie c'est d'interdire les villes aux voitures et ainsi d'en exclure les personnes qui peinent à se déplacer et d'y condamner le petit commerce et les activités sociales ? N'est-ce pas plutôt de favoriser le télétravail et de limiter les déplacements des commerciaux d'un bout à l'autre du pays, et parfois à l'international, pour les remplacer par des visioconférences ? N'est-ce pas de proposer à ceux qui le souhaitent de faire leurs 35 heures sur quatre jours quand c'est possible pour épargner un aller-retour ? N'est-ce pas d'organiser des activités vraiment chouettes pour les vieux pour qu'ils n'aient plus besoin de prendre des avions plusieurs fois par an pour aller vers des destinations de rêve et se sentir exister ?
La
véritable écologie n'est-elle pas avant tout d'interdire d'urgence de
nettoyer les toilettes avec du gel WC et de mettre en place des
dispositifs pour récupérer nos selles, nos urines et nos cadavres ? Si les terres deviennent
stériles partout, c'est parce que nous ne respectons pas le cycle
naturel : l'homme mange, défèque et nourrit la terre qui le nourrit
à nouveau, puis il lui offre son corps. Cela n'a rien de difficile à comprendre. Nos selles et
nos urines doivent enrichir la terre et non polluer inutilement des
milliards de litres d'eau buvable. Rien n'est plus urgent que
d'implanter les systèmes de récupération de ces richesses (seuls les excréments des patients traités pour cancers et avec
certains médicaments doivent être traités à part). Rien n'est plus urgent aussi que de veiller à ce que nos cadavres puissent être mis en terre directement ou dans des cercueils en carton non polluants pour qu'ils se dégradent au lieu de pourrir inutilement dans des boites hermétiques et polluantes (une association milite déjà dans ce sens : https://www.apcf49.org/page/813394-notre-projet). Quant aux cadavres animaux que constituent nos restes alimentaires, ne peut-on généraliser les séchoirs qui permettent qu'ils soient broyés et réutilisés comme engrais ?
La véritable écologie n'est-elle pas aussi de réclamer d'urgence un produit financier européen rémunéré de telle manière à ce que les investisseurs ne perdent pas d'argent quelle que soit l'inflation ? N'est-ce pas urgent pour éviter la bétonisation du pays à une vitesse folle, non parce que la population augmente mais parce que les riches achètent logement sur logement juste parce que c'est le placement le plus rentable et le seul qui soit sûr ? Un ami me disait que dans son village du fin fond de la Bretagne, soixante maisons-placement se sont construites cette année qui resteront vraisemblablement vides, comme tant d'autres, la peur du locataire non solvable et détériorant le bien poussant à ne pas louer. Tous les riches possèdent désormais plusieurs maisons, pas parce qu'ils sont de "méchants riches", mais parce qu'avec le coût des maisons de retraite ils veulent s'assurer un capital pour être pris en charge jusqu'à la fin de leur vie, parce qu'ils veulent avoir de quoi protéger leurs enfants du manque ou parce que certains d'entre eux n'auront quasiment pas de retraite. Sont-ils à blâmer ? Ne peut-on leur offrir la sécurité qu'ils demandent alors qu'il est si facile, on l'a vu, de mettre la finance au service de ce que l'on souhaite ?
La
véritable écologie n'est-elle pas également de mettre en place une
inter-syndicale mondiale pour que partout dans le monde les citoyens
aient les mêmes protections sociales et pour que partout dans le
monde les revenus maximaux soient plafonnés ? Ainsi les différences
de coûts de fabrication d'un pays à l'autre seraient amoindries et
les productions, en partie, tout naturellement relocalisées. Si les citoyens du monde entier s'unissaient, les soins, l'éducation et les programmes de préservation des ressources pourraient aussi être garantis pour tous par une imposition qui pourrait aller jusqu'à 90%
des salaires les plus hauts -- cela n'a rien d'utopique puisque cette
décision fut appliquée aux Etats-Unis sous Roosevelt
après 29 -- . On pourrait alors financer les usines de désalinisation d'eau de mer qui permettraient aux populations de boire partout à leur soif, les usines de recaptage du carbone qui éviteraient que la planète devienne un four invivable et la recherche sur les piles à bactéries qui permettent d'utiliser l'urine, par exemple, pour produire de l'électricité.
On ne peut pas faire d'écologie véritable sans connaissances précises des enjeux systémiques. La première écologie est de s'informer, pas juste de s'abreuver à des sources alimentées par des gens qui pensent exactement comme soi.
Un ami écolo de longue date s'offusquait que j'écoute BFM (entre autres) et craignait que je sois contaminée par ces idées, mais ce n'est qu'en écoutant les gens qui croient l'inverse de soi ou qui ont des besoins opposés aux siens que l'on nourrit un argumentaire solide. Ce n'est aussi qu'ainsi que l'on construit une écologie qui sert réellement les intérêts de tous et que l'on sort des logiques auto-punitives qui flattent l'ego de martyre de certains écolos et fédèrent contre elle les bons vivants et les personnes déjà à bout qui vivent dans les pires conditions et ne peuvent supporter l'idée de contraintes supplémentaires.
Informons-nous réellement et avec ouverture d'esprit (ce qui nécessite de mettre son ego et ses préjugés de côté) et agissons efficace et fort.