Gauche ou Droite ? (trois pages)

Depuis deux siècles, le pouvoir politique a donné le droit de vote aux femmes, a aboli la peine de mort, mis fin à l'esclavage et au travail des enfants, mis en place la Sécurité Sociale, etc... Or beaucoup de ces décisions furent, à l'époque, prises soit contre l'avis populaire, soit contre celui de gros entrepreneurs. Les politiciens n'ont cessé de rendre le monde meilleur et s'attaquer à eux, y compris physiquement depuis quelques mois, est aussi honteux que démagogique. Le motif que certains ont des torts est injuste et insuffisant car tout le monde en a. Le motif qu'ils ne prennent pas les bonnes décisions serait juste s'ils avaient le choix de les prendre, mais dans le contexte des dérégulations des années 90, ils ont en partie les mains liées (voir ce qui s'est passé en Grèce, dont on ne peut pas douter de la sincérité du président...).
Désormais le citoyen a plus de pouvoir que l'homme politique, par le biais du choix de ses achats notamment, malheureusement il est incapable de verbaliser clairement et de manière cohérente quel monde il veut.
Les personnes qui tiennent des discours haineux et méprisants au sujet des politiciens sont souvent en réalité bien moins altruistes qu'eux et favorisent la montée en puissance du pouvoir corporatiste (pour qui l'être humain est juste un consommateur et un outil de production) et du seul parti qui dénigre les hommes politiques : celui de l'extrême droite. Je ne suis pas de ce côté et si je suis choquée par les détournements d'argent en vue d'un profit personnel, je suis aussi consciente que 90% des Français, s'ils peuvent tirer un bénéfice personnel d'une situation, illégalement mais impunément, le font, alors je ne vois pas ce que cette attitude a de propre aux politiciens. Ils devraient, bien entendu, être exemplaires, mais tant que les gens aux valeurs morales les plus élevées trouveront la politique trop sale pour eux, ce ne sera pas le cas. Un peu de réalisme.
La Droite
Les gens de Droite veulent créer beaucoup de richesse pour qu'elle soit partagée et que chacun en ait de plus en plus. Le problème est qu'ils oublient vite leur objectif final, ce qui explique que très peu d'entre eux élèvent la voix à l'heure actuelle pour dénoncer les honteux écarts de salaires entre le grand patronat et les manutentionnaires. Ils considèrent que, dans le fond, ce n'est pas grave, car si les patrons gagnent davantage, ils consomment davantage et que cela crée de l'emploi, qui permet à d'autres travailleurs d'avoir de l'argent. Que ces cadres dépensent pour acheter des objets de luxe alors que les manutentionnaires ont parfois à peine de quoi chauffer la chambre de leurs enfants n'entre pas pour eux dans l'équation car ils raisonnent sans différencier la production et l'achat d'un bien nécessaire de celle d'un bien futile. Bien entendu, si l'écart de salaire entre cadres et autres employés était moindre, au lieu que les plus riches fassent vivre une industrie du luxe (très développée en France), c'est la production de produits ordinaires qui serait davantage stimulée (production chinoise ? Ou nourriture biologique française ?) et c'est dans ce secteur que les emplois seraient donc créés. Les manutentionnaires et autres employés pourraient également économiser davantage et donc cesser de travailler de temps à autre pour faire ce qu'ils aiment ou se reposer. Ils seraient aussi également moins dociles et craintifs du chômage, puisqu'ils auraient des économies. En conséquence, il serait bien plus difficile de les mettre sous pression pour faire augmenter les profits... L'iniquité des salaires est donc clairement un outil de management, alors même parmi les gens de Droite qui veulent, de bonne foi, un enrichissement général des populations, on n'ose trop élever la voix contre lui. Y toucher serait remettre en cause toute la civilisation productiviste, ce qui explique d'ailleurs que, même à Gauche, on reste timide sur le sujet. On dit que l'on craint une fuite des hauts salaires si on les limitait mais pourquoi des patrons français qui bénéficient ici d'un système de Sécurité Sociale, policier et scolaire parmi les meilleurs au monde fuiraient-ils ou devraient-ils gagner autant que s'ils vivaient dans des pays où l'on paye cher les soins, la sécurité ou l'éducation des fortunes ? Ce que l'on craint, en fait, c'est de devenir productivement moins performant et que le déficit extérieur ne se creuse alors. Autant le dire clairement.
La vision des gens de Droite de la richesse est, par ailleurs, terriblement restrictive puisqu'il s'agit juste pour eux que chacun puisse acheter ce qu'il veut. Qu'une tribu africaine ou amazonienne qui vit en symbiose avec la nature, chante et danse quotidiennement, qui a internet et ne manque de rien (tant qu'on ne détruit pas son environnement) puisse être plus riche qu'une ville américaine où l'on doit cumuler deux emplois pour vivre, où l'on se drogue pour oublier son désespoir et où l'on tue pour protéger sa richesse matérielle ou imposer ses croyances est inconcevable pour eux. Leur vision du développement est étroite et standardisée, tout comme leur vision de l'homme, perçu davantage comme une force de travail que comme un être qui prend sa grandeur d'un lent travail de dépoussiérage de couches et de couches de conditionnements qui l'enferment et l'isolent.
J'aime le dynamisme, la générosité (souvent) et le courage des gens de Droite mais je ne peux adhérer à l'étroitesse, au matérialisme et à la conventionnalité de leur pensée.
La Gauche
Je suis donc plutôt de Gauche, mais je déteste l'orgueil du Gauchiste de base et son manque de vision.
J'admire l'engagement contre le racisme ou l'exclusion et pour la culture. En revanche, j'ai du mal à comprendre comment on peut se dire tolérant et tenir des discours haineux vis-à-vis de tout patron (même petit) ou de toute personne qui ne pense pas exactement comme soi. Le ton monte si vite face à une pensée autre qu'il n'y a aucun moyen de la faire entendre, le premier mot qui sort du vocabulaire socialiste de base vaut d'être targué d'être de Droite, voire, dans une tactique manipulatoire visant à prendre le pouvoir, à déstabiliser et à décrédibiliser, d'être tout bonnement Nazi. Or chaque pensée mérite au moins d'être écoutée avant d'être jugée ou étiquetée.
Fermés à tout échange de vues avec qui ne pense pas comme eux, bien des Gauchistes restent figés sur un bagage idéologique hérité en partie des années 50 et qui dans le contexte des dérégulations des années 90 (dont ils ignorent tout) n'a plus guère de sens. Ce qu'ils veulent c'est se voir en bons Samaritains, tout blancs dans un monde tout noir qu'ils vont sauver par leur grand cœur. Un pareil positionnement se situe entre mégalomanie, déni et ivresse de soi et empêche de réfléchir sainement. Pour que la part d'ombre cesse de jouer des tours, il faut sortir de l'angélisme et oser la regarder. Ensuite on peut vraiment penser.
Les autres
Je suis devenue écologiste à sept ans et j'ai donc des dizaines d'années d'écologisme derrière moi, mais j'ai retrouvé trop de défauts gauchistes au sein du parti écologiste pour m'y sentir à l'aise, même si mon vote était, de tous temps, acquis. Je regrette, même si elles sont également louables, une volonté de pureté et d'absolu chez certains, qui freinent les prises de décision et aussi trop d'inculture sur le plan financier et économique.
J'ai adhéré au Modem quand Corinne Lepage y était. Les débats étaient riches et ouverts, toute idée prise en compte respectueusement. On était à la fois plus à Gauche qu'à Gauche et très écologiste. Malheureusement les anciens adhérents du parti n'ont pas su, ou voulu, intégrer la masse de nouveaux et ceux-ci, qui n'avaient, pour la plupart, jamais été en politique et voulaient que leur parole soit entendue, sont repartis au bout de quelques mois, déçus. Pour ma part, c'est ironiquement après un voyage au parlement européen où il nous a été expliqué clairement que le parlement n'a guère plus qu'un rôle de potiche et que les décisions sont réellement prises par des technocrates, à la solde de grosses entreprises pour certains, que j'ai quitté le Modem. Je ne pouvais plus soutenir sa position pro-européenne sans nuance, j'étais dans un "oui, mais pas cette Europe là" qui m'obligeait à chercher ailleurs un groupe auquel me rallier, groupe que je n'ai pas trouvé.
Je n'ai de toutes façons pas non plus supporté le discours de Bayrou qui voulait une France productrice d'objets de luxe pour les riches - de quoi faire se retourner dans leurs tombes nos ancêtres révolutionnaires ! - .
Je n'adhère donc à aucun parti mais je respecte infiniment l'engagement politique et j'ai trouvé plus de générosité chez les politiciens locaux (quelque soit leur parti d'ailleurs) que chez bien des adeptes New-Age qui se disent "dans le cœur". Je regrette d'ailleurs que ces derniers, et bien d'autres, se refusent à contribuer à élaborer un monde plus juste et plus joyeux comme s'ils se percevaient comme de petits enfants à la merci de la vision d'autrui.
Certains repaissent d'ailleurs abondamment les oreilles de prêches sur le pouvoir de l'intention mais apparemment, ils se contentent de le mettre à leur service personnel et n'envisagent pas un instant de l'utiliser pour renforcer et assainir le pouvoir politique ou encore pour faire advenir une société plus émancipatrice pour tous. Dommage.
A ce stade, j'ai sans aucun doute réussi à fâcher tout le monde, quel que soit son bord, mais comme le disait un humoriste anglais, si passé cinquante ans, on n'a pas beaucoup d'ennemis, c'est que l'on est un lâche.
En vérité, je cherche surtout à éviter d'être catégorisée à tort et aussi à faire avancer les mentalités.