Tous sadiques ?

10/05/2026

Je me joins à la conversation d'un jeune couple au sortir des célébrations du 8 mai. Elle s'insurge : "Je ne comprends pas cette façon de célébrer une victoire. Les gens font la tête, ce n'est pas gai !"(1). Il lui répond gentiment : "Pour avoir été du côté de ceux qui défilent, tu sais, c'est très émouvant, sauf le 14 juillet, que tout le monde redoute car il fait trop chaud et qu'il y a des malaises". Pour ma part, je souffre de voir des gens devoir rester debout immobiles une heure trente, sans chapeau au soleil, surtout quand il s'agit de militaires ou de pompiers qui donnent déjà tant d'eux-mêmes au quotidien. Aucune souffrance inutile ne ramène les morts à la vie. A quand, plutôt, après un temps de recueillement, de grandes farandoles dans un parc où civils et défenseurs de la sécurité, avec des fleurs de couleur dans les cheveux, se donneraient la main en riant et en buvant de grands jus de fruits sans paille ? Car un niveau de stress aussi élevé que celui que génère la société actuelle n'est gérable que si, par ailleurs, on rebooste son niveau d'endorphines. A oublier cela on va vers le burn out collectif. Et puis, aussi, je reste très flower power.

Pourtant ma génération a été élevée avec des dessins animés où l'on était censé rire d'un chat qui frappe une souris jusqu'à l'enfoncer sous terre ou l'inverse. A l'époque, la violence sous-jacente à l'œuvre de Disney, raciste et fasciste, ne posait question à personne. Les maîtres nous tapaient sur les doigts, mes copains de classes subissaient encore le fouet, on torturait en Algérie et comme les animaux n'avaient "pas d'âme", tous les sévices étaient permis. Quant aux vengeances et condamnations à l'enfer du Dieu de mes copines, pourtant censé nous aimer tous -- sauf ceux qui n'allaient pas à l'église, ce qui était un signe de bonté un peu douteuse tout de même -- , elles semblaient également aller de soi. Et tout le monde regardait cet homme cloué à une croix sans horreur apparente.

J'ai toujours eu l'impression d'habiter chez les fous et je tiens à préciser aux jeunes générations que j'ai seulement soixante ans, pas deux siècles : je parle donc d'un passé plutôt récent.

Est-ce parce que cette culture sadique imprègne tout que, dès que l'on parle d'immigration, on veut refouler plutôt que tarir à la source en favorisant de meilleures conditions de vie dans les pays d'origine ? 

Est-ce parce que cette culture sadique imprègne tout que, dès que l'on parle d'argent public, on veut couper les dépenses au lieu de réfléchir à leurs causes premières ou à des complémentarités de services et de besoins ? 

Est-ce parce que cette culture sadique imprègne tout que, dès que l'on parle de sécurité, on veut augmenter la répression alors que la délinquance se soigne par une meilleure alimentation ou en hôpital psychiatrique, en protégeant d'un milieu toxique ou en valorisant les compétences et en donnant des moyens de vivre dignement ? 

Est-ce parce que cette culture sadique imprègne tout que l'on oublie de se réjouir d'avoir besoin de moins travailler car des robots et des IA nous remplacent à des tâches peu satisfaisantes ?

Est-ce parce que cette culture sadique imprègne tout que nous acceptons une doctrine dont le but n'est que de faciliter les échanges commerciaux, pas de prendre en compte le désir d'accomplissement personnel de chacun, comme si l'enrichissement intérieur n'était pas aussi une richesse ?

Est-ce parce que cette culture sadique imprègne tout que, dès que l'on est en désaccord, on cherche à s'opposer plutôt qu'à enrichir sa vision ?

Est-ce parce que cette culture sadique imprègne tout que les enfants, les professeurs, les élus, les gens de couleurs, les gros, les vieux, les moches, les patrons, les employés, les célébrités, les pompiers, etc... souffrent de harcèlement ?

Est-ce parce que cette culture sadique imprègne tout que les animaux sont si maltraités ?

Est-ce parce que cette culture sadique imprègne tout que, dès que l'on parle d'écologie, on parle d'interdire et de punir au lieu d'encourager, de récompenser, de favoriser, de mutualiser, de récupérer, de coopérer, de partager et de se réjouir ? (Les interdictions sont nécessaires, mais elles ne suffiront pas : l'écologie doit aussi être désirable (2) ).

Haine de soi, haine de l'autre, haine de la vie, la même haine, transforme-toi plutôt en désir de servir le vivant !

Nous ne sommes pas des outils de production. Nous sommes des êtres de conscience qui transformons, à chaque instant, le monde matériel en information intangible. Nous sommes des corps qui transformons à chaque instant l'information en matière.

Alors célébrons, avant tout, ce pouvoir alchimique dont la valeur dépasse tout et mettons-nous, chacun, en son nom, au service du bien-être et du développement de tous.


(1) Les célébrations du 8 mai de cette année à Angers, où j'étais, avaient de quoi être tristes suite à deux décès de jeunes militaires quelques jours auparavant lors d'un exercice de plongée.

(2) Un exemple vertueux, les trophées de l'économie circulaire https://institut-economie-circulaire.fr/appel-a-candidatures-les-trophees-de-leconomie-circulaire/

Share
© 2017 Anne-Marie Estour. Tous droits réservés. Crédits photos Anne-Marie Estour et Webnode
Optimisé par Webnode
Créez votre site web gratuitement ! Ce site internet a été réalisé avec Webnode. Créez le votre gratuitement aujourd'hui ! Commencer